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Rencontre avec Estelle Virepinte, gérante d'une « Ruche qui dit oui »

March 22, 2020

 

Je suis Estelle Virepinte, je tiens une « Ruche qui dit oui », ce sont des circuits courts entre producteurs et consommateurs, je viens du milieu du théâtre et je continue d'y travailler. Dans mon parcours j'ai aussi fait pas mal de mannequinat. J'ai toujours eu plein de casquettes différentes, mais la Ruche est dans ma vie depuis 9 ans maintenant et ça a toujours été quelque chose de salvateur pour moi.

 

Une « Ruche qui dit oui », kézako ?

 

Une « Ruche qui dit oui » c'est un point de distribution de produits que l'on achète sur internet. Chaque semaine il y a des ventes en ligne. On propose les produits de différents producteurs. On vient récupérer nos commandes lors des distributions, organisées par la responsable de ruche, avec des bénévoles. Il y a de tout dans une ruche : des fruits et légumes, de la viande, du poisson, des laitages, de l'épicerie, de la bière, du vin, du champagne, du pain, de la confiture, des produits ménagers bio et/ou naturels. Et il y a des artisans qui font des trucs un peu atypiques comme le kombucha, du chocolat cru, on a aussi des tisanes, du café, des savons …

 

Un parcours sur le devant de la scène

 

J'ai fait un bac littéraire, option théâtre, j'ai toujours fait du théâtre, depuis petite. Ensuite je me suis inscrite à l'université, j'ai fait des études d'arts du spectacle. Je pense que c'était la première fois que j'ai kiffé étudier, jusque là la scolarité avait été un fardeau pour moi, parce que je suis dyslexique.

 

C'est la première fois que j'aimais apprendre, travailler pour moi. Ça m'a aidé à me construire en tant que jeune adulte. Je faisais déjà pas mal de trucs associatifs à la fac, avec une association on travaillait à un spectacle sur le thème de la violence : « L’irrésistible ascension de la pénalisation ». J'ai fait ça pendant 5 ans. Le but était de faire des représentations en prison, des activités autour de l'art thérapie. On interrogeait la violence institutionnelle.

 

J'ai aussi fait plein d'autres boulots, j'ai été hôtesse d'accueil, j'ai bossé dans des bars, l'été j'ai travaillé en grande surface, j'ai gardé beaucoup d'enfants. Je me suis même formée pour être éducatrice de jeunes enfants. J'avais mis de côté ma carrière théâtrale et j'envisageais une carrière B dans la petite enfance. J'avais fait une formation Montessori, ça m'a beaucoup appris sur moi, sur les autres, sur l'humain. Je me suis rendu compte que le gros du travail d'une nourrice ce n'était pas avec les enfants, parce qu'en fait suivre le rythme des enfants c'est assez naturel, mais c'est avec les parents. J'ai travaillé avec les tout-petits pendant 4 ans. Ensuite j'ai déterré ma passion, j'ai repris mon travail de comédienne, je courrais les castings, et puis de casting en casting, j'ai passé des essais pour du mannequinat et ça a fonctionné.

 

Le mannequinat

 

J'étais déjà membre d'une « Ruche qui dit oui », en tant que bénévole, et tous les samedis matins j'aidais sur les distributions de la « Ruche de l'âge d'Or », dans le 13ème. C'était vraiment ma bouffée d'oxygène au milieu de tous ces castings.

J'ai commencé à faire du mannequinat en défilant pour une école, j'ai rencontré plein de créateurs et ensuite on m'a rappelée. C'est pas du tout ce que j'envisageais de faire, j'avais toujours été un garçon manqué ! Mais on me rappelait tout le temps et ça me faisait des rentrées d'argent. J'étais sur scène, j'incarnais le vêtement. Il y a du jeu aussi dans les défilés et les shootings. De fil en aiguille j'ai travaillé avec des créateurs, couturiers de prêt à porter, pour des marques qui auraient bien eu leurs lettres de noblesse dans la haute couture. Beaucoup de robes de mariées aussi, c'était super chouette !

Peu à peu, je me suis retrouvée à faire de l'assistanat pour une personne qui organisait des événements de mode. On avait six événements par saison : trois à Paris, un à Genève, un à Cannes et un à Lyon. J'aidais à l'organisation en amont et pendant les défilés. C'était très prenant et je me suis laissée emporter alors que ce n'était pas du tout mon univers, initialement. Au bout d'un moment tout ça ne me convenait plus, j'ai pas trouvé ce milieu très « clean », il y avait des gens des hautes sphères qui investissaient dans ce type d’événements, la mode était un prétexte, en réalité c'était le monde des affaires. En tout j'ai fait ça pendant 4 ans, et puis j'ai complètement arrêté cette collaboration, et j'ai arrêté le mannequinat tout court, parce que je commençais à faire mamie à côté des jeunettes qui défilaient.

 

Retrouver des valeurs saines

 

À ce moment là, je remplaçais déjà la responsable de la « Ruche de l'âge d'or », Delphine, un samedi sur deux sur les distributions. Je suis allée la voir en lui expliquant où j'en étais professionnellement et en lui disant que j'avais envie d'ouvrir ma propre Ruche. Elle m'a alors annoncé son projet de partir dans une autre région, et de me donner la gestion de sa ruche. Elle m'a aidé à ouvrir la « Ruche Ibis Cambronne », à côté de chez moi dans le 15ème. J'organisais mes distributions le mardi soir pour pouvoir rester avec Delphine les samedis matins. C'était vraiment ma bouffée d'oxygène, ça me permettait de retrouver confiance en l'être humain, de voir qu'il y avait des valeurs saines. Ça me faisait du bien de me dire qu'il y a encore des êtres humains bons, beaux, normaux ! Un an après j'ai géré les deux ruches, celle du 15ème et celle du 13ème. Ça m'a permis d'avoir un statut stable et de faire des projets "théâtre" quand ça me chante, sans courir après l’intermittence.

 

Pour la ruche que j'ai créée, j'ai fait le même partenariat que dans le 13ème avec l'association « Dans ma rue ». Ils font des maraudes pour créer du lien social, donner aux plus démunis de l'écoute, du temps, des échanges, des rencontres. Parce que ces gens-là souffrent aussi beaucoup de la solitude et de l'isolement. Sur la Ruche de l'âge d'or on avait l'habitude de laisser un panier de légumes pour le lieu qui accueille nos distributions, c'est un bar-restaurant. Et très naturellement, Gilbert, le cuistot a proposé d'en faire une soupe au profit de l'asso. Delphine avait proposé de mettre en place dans la ruche de l'âge d'or un panier solidaire dédié à ça. Donc les « abeilles », les clients de la ruche, peuvent commander des produits pour y contribuer. Cette soupe il faut comprendre que c'est un outil d'approche, il y a des tas d'associations à Paris qui distribuent des repas, là c'est une occasion pour entrer en communication. La soupe de Gilbert, fin cuisinier, a commencé à avoir son succès, parce que c'était une soupe maison, cuisinée avec des produits bio, locaux, de saison, donc c'était quelque chose de bon et nourrissant. Les paniers solidaires ont eu un super succès !

 

Quand Delphine est partie, j'ai géré les deux ruches. Pour mutualiser le travail, j'ai mis les deux distributions le samedi matin, j'allais sur l'une, mon compagnon sur l'autre, et on inversait la semaine suivante. On a fait ça pendant un an, et puis j'ai décidé de donner la Ruche Ibis-Cambronne à des bénévoles, comme ce que Delphine avait fait avec moi. Au final je m'en suis occupée pendant 2 ans. Il fallait que je me dégage du temps, c'était trop. Je ne me rendais pas compte du boulot que ça me rajoutait. Aujourd'hui je n'ai que la Ruche de l'âge d'or, et des projets théâtres.

 

 

La Ruche est un système très libre où je suis autonome

 

C'est un système très libre où le responsable de ruche ouvre quand il veut et fait comme il veut dans sa ruche, il est autonome, avec soit un statut d'association, soit un statut d'entrepreneur, comme moi.

C'est très libre pour les producteurs, c'est eux qui déterminent leurs prix et qui gèrent leur profil sur le site internet de la ruche. Du côté des membres, les « abeilles », c'est très libre aussi, il n'y a pas d'adhésion ni de minimum d'achat, ni d'obligations d'achat. C'est ce système qui m'a plu, je savais que les semaines où je ne voulais pas ouvrir ma ruche je ne l'ouvrirais pas. Bon, en fait, il n'y a que 4 samedis dans l'année où je ne propose pas de distribution, et on essaie de se faire remplacer quand on part en vacances. On échange, je remplace quelqu'un quand il part en vacances et cette personne me remplace quand je pars.
 

J'aime bien engager les gens civiquement dans leur démarche

 

On travaille avec des producteurs qui sont dans un périmètre de 250 kilomètres, le périmètre s'ouvre exceptionnellement avec des producteurs invités depuis d'autres ruches d'Europe. Ce qui nous permet par exemple d'avoir des agrumes bio de Sicile. En tant que responsable de Ruche, et avec le réseau, on est garant de la qualité du produit. En France je me déplace chez les producteurs pour les rencontrer et découvrir leur produits, leur façon de travailler. Je fais le lien entre les consommateurs et les producteurs, et souvent je propose aux abeilles de venir avec moi lors des visites.

 

70 % de ce que je propose est bio, mais ma priorité ça va être le local et les petits producteurs. Quand on est dans une logique de production à taille humaine, en général on n’investit pas dans des produits phyto-sanitaires. Par ailleurs, le fait de se faire labelliser en bio coûte de l'argent aux producteurs, c'est cher. Ils paient en fonction des hectares qu'ils ont, donc ça revient vite très cher, pour un céréalier par exemple, c'est énorme. Et ils doivent repayer chaque année. Donc beaucoup ne se font pas labelliser pour ces raisons. Sur le site on retrouve tout le détail de chaque produit : si c'est bio, raisonné, si le producteur est en conversion etc.

 

Quand on paie nos commandes sur le site internet, on paie directement le producteur qui touche 80 % du prix de vente. Il y a 11,65 % qui vont à la « Ruche Mama », donc la maison mère, et il y a 8,35 % qui vont à la responsable de la Ruche. Cette répartition est rappelée sur le site, avant chaque paiement de commande. C'est une société d'économie sociale et solidaire.

Ça a évolué, aujourd'hui « La Ruche qui dit oui » est une société à échelle européenne qui est implantée sur plusieurs pays limitrophes de la France. Il y a des financeurs qui ont investi des fonds non-impactants. C'est à dire qu'on ne dépend pas d'investisseurs boursiers. Ce sont des grosses sociétés qui investissent dans des projets éthiques, là pour le coup économie sociale et solidaire, à fonds perdus. L'investissement non-impactant n'est pas remboursable.

 

Au départ c'est une start-up qui a pour but de relier le monde rural et le monde urbain via l'outil informatique, pour permettre aux agriculteurs, aux producteurs de vivre dignement de leurs activités. Aujourd'hui un maraîcher gagne entre 300 et 400€ par mois en faisant des centaines d'heures … Beaucoup vivent par le troc et aussi grâce à leur propre production, mais ils restent très précaires alors qu'ils nourrissent quand même la planète, paradoxalement ! C'est en ça que j'engage les gens civiquement, c'est que le réseau de la Ruche envoie un message fort, celui de ne plus engraisser une industrie alimentaire qui marche sur la tête et qui nous empoisonne.

 

 

Pour moi le changement c'est l'action citoyenne

 

Le changement c'est des regroupements, de manière locale, qui décident de faire les choses autrement. Sur la Ruche, les acheteurs savent exactement à qui ils donnent leur argent et pourquoi. On a un pouvoir très fort, c'est le pouvoir du nombre et de la consommation. Sans notre argent les grosses sociétés ne sont rien. Et ils écoutent. Là avec l'explosion du bio, toutes les grandes enseignes s'y sont mises. Donc maintenant il y a de tout et du n'importe quoi, avec le bio industriel… Il faut savoir que les produits phyto-sanitaires sont autorisés dans le bio, à doses restreintes, mais ça peut être utilisé. Il n'y a plus de sens dans tout ça. Donc pour moi le sens aujourd'hui c'est de travailler avec quelqu'un que tu connais, que tu rencontres. Tu sais qui a fait pousser ta carotte, et les producteurs avec qui on travaille sont hyper engagés. À partir du moment où ils rencontrent aussi leurs acheteurs, il y a une relation de confiance qui s'installe, on est d'humain à humain. Le bio qui est fait finement, le vrai bio, le « bio holistique », la permaculture, toutes ces démarches, ça crée des produits bons, savoureux, et qui se conservent bien ! Contrairement au bio industriel.

 

Un travail qui fait sens, qui crée du lien


Je prévois toujours un petit déjeuner pour les bénévoles, et ça devient aussi la table des enfants quand les parents viennent récupérer leurs commandes. Régulièrement les producteurs viennent rencontrer les gens, c'est important.

 

Ils laissent toujours quelques produits pour les bénévoles. Ça permet à des étudiants, des retraités, ou autres de pouvoir être dédommagés des deux heures de présence sur les distributions et de pouvoir manger sainement. En plus ça crée du lien. Beaucoup de gens vivent seuls à Paris, là les gens discutent, s'échangent des recettes, on a des voisins qui se recroisent. On connaît toutes les habitudes alimentaires des gens, on les voit chaque semaine, ça crée des liens, on voit les bébés naître et grandir, les gens qui évoluent. C'est la vie en fait. Parfois j'organise des événements, des tombolas. On relaie aussi sur la page facebook de la Ruche des événements associatifs, des marches pour le climat, des crowdfunding de nos producteurs lorsqu'ils ont un projet. On invite les gens à faire du bénévolat avec « Dans ma rue ». Donc il y a plein d'options, mais déjà consommer local et acheter auprès des producteurs c'est énorme ! C'est déjà faire sa part. Personne n'est inutile ou impuissant on peut tous être acteur a son niveau.

 

Ça fait 9 ans que je participe aux distributions des Ruches, et ça fait un peu plus de 3 ans que j'en suis responsable. Il fallait que je trouve quelque chose qui fait sens pour moi et qui est financièrement plus stable que l'intermittence du spectacle. Donc aujourd'hui, avec la « Ruche de l'âge d'Or », qui est une grosse ruche, oui je peux en vivre, je vis à Paris et je vis grâce à ça. Ça m'a réalignée sur le sens que je veux donner à ma vie, et puis j'ai des projets théâtres qui me plaisent et dans lesquels j'ai plaisir à m'investir. Ça a donné d'autres perspectives à mon métier de comédienne, parce que maintenant j'ai du temps pour ces projets, la Ruche me prend environ 3 jours dans la semaine. Donc je crée à côté, ça fait aussi une rentrée d'argent, mais c'est un à-côté, et je ne pense pas à ça quand je crée, ça m'a libérée d'une contrainte en quelque sorte.

 

J'ai une grande confiance en la vie

 

Pour l'instant je me vois toujours à la Ruche dans les deux prochaines années, et puis ensuite on verra. On a un spectacle qui va se jouer aussi, en parallèle, j'ai des projets perso par ailleurs. Donc on verra, mais je ne me vois pas forcément faire ça toute ma vie, parce que j'ai besoin de créer tout le temps des choses, de repartir sur de la nouveauté. Depuis petite je suis comme ça, j'aime la nouveauté, mettre mon énergie dans la création de quelque chose. J'ai toujours besoin de voir d'autres choses. Et puis par ailleurs j'envisage peut-être de quitter Paris à un moment. J'ai toujours vécu là, donc aller voir autre chose, pourquoi pas. J'ai foi en la vie. J'ai toujours espoir, même quand je suis au fin fond du trou, j'ai toujours espoir. On verra où demain m'emmènera !

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